« Robinson Crusoé » : coopération sur l’île maudite

Sorti originellement en 2013, « Robinson Crusoé » de Ignacy Trzewiczek vient d’être réédité en français par Edge avec une boîte et des règles relookées (illustrées par le talentueux Vincent Dutrait). Un incontournable dans la famille des jeux coopératifs.

Comme son titre l’indique, « Robinson Crusoé » est un jeu de survie dans lequel les joueurs, échoués sur une île plus ou moins inhospitalière, vont tenter de résister aux affres d’un climat redoutable et d’estomacs à remplir régulièrement. Chaque partie s’appuie sur un scénario (8 proposés dans la boîte de base, d’autres sont téléchargeables en ligne) comportant son objectif et ses contraintes – ou bonus – qui lui sont propres. Car il ne s’agit pas seulement de survivre, mais d’accomplir certaines actions spécifiques : par exemple, dans le scénario n°1, récolter un maximum de bois et construire des bûchers qui, si tout se passe comme prévu, permettront aux lointains bateaux sillonnant la zone maritime d’apercevoir les naufragés…

Chaque tour se divise en 3 grandes étapes : une phase d’événement aléatoire (presque toujours négatif), suivie par la récolte des productions (nourriture et/ou bois) et l’ajustement du moral de l’équipe. La seconde phase, le cœur du jeu, consiste à répartir ses pions (chaque personnage en possède 2) sur les différentes actions possibles, très classiques et cohérentes au vu du thème : exploration, chasse, construction d’un abri ou d’armes… Le mécanisme original tient dans la possibilité pour chacune d’entre elle de placer 1 ou 2 pions : 2 pions garantissent la réussite, sans contrepartie négative, mais limite donc le nombre d’actions totales ; 1 pion oblige à lancer les dés, avec risque d’échec et surtout perte de point de vie et/ou tirage d’événement peu reluisant. Bref, étant donné que chaque scénario se joue en tours limités avec une vraie tension croissante, le dilemme est crucial, donne tout son sel au jeu et génère le plus d’interactions entre les joueurs. La dernière phase consiste à appliquer des effets de la météo et à effectuer la séquence nocturne, obligeant les joueurs à se nourrir sous peine de perdre là aussi des points de vie.

On aura compris que dans « Robinson » chaque action est déterminante et qu’il falloir les optimiser au maximum, tout en composant avec la frustration permanente (mais jouissive) d’être complètement débordé sur tous les fronts. C’est évidemment là une grande source de rejouabilité, renforcée par la très bonne sensation immersive. Evidemment, l’équilibre change beaucoup entre des parties en solo (dans lesquelles le joueur s’adjoint les services de Vendredi et d’un chien !) ou à 4 joueurs, et les zones de tension se déplacent en fonction les scénarios. Dans tous les cas, on pourra parfois regretter la part de hasard un peu forte qui, sur un mauvais tirage de carte et malgré une bonne stratégie de groupe, peut faire basculer une partie dans un cauchemar éveillé… A noter également que les règles sont très touffues (40 pages), quoique limpides, et que le temps d’installation du jeu n’est pas négligeable au vu du nombre d’éléments qui le composent : ce sera de moins en moins une contrainte au fil des parties, mais cela pourra rebuter certains débutants.

« Robinson », bien qu’il soit relativement dense et complexe au premier abord, pourra certainement plaire à un large public familial (il est conseillé à partir de 14 ans mais 10 ou 12 ans semble tout aussi adapté), aussi bien qu’il fournit également une bonne option de jeu coopératif à jouer en couple. Au final, l’expérience ludique est excellente et on recommande vivement !

« Robinson Crusoé, aventures sur l’île maudite », de Ignacy Trzewiczek
Edité en français par Edge
Durée : 90 à 120 min, 1 à 4 joueurs à partir de 14 ans.
Prix conseillé : environ 55-60 €

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